Texte écrit pour le concours d’écriture érotique sur le site Chuchote-moi

Chère Collègue.

Si je ne me trompe pas, vous avez, avant même d’ouvrir l’enveloppe, su qui je suis. Nous nous croisons régulièrement dans cette tour de verre, fourmilière géante, soit au restaurant du personnel ou encore lors de réunion. Votre sourire réussit à illuminer beaucoup de ces longues périodes de masturbation intellectuelle. Ce sourire, mais aussi certains de vos regards, intenses, appuyés, qui me font penser que je ne vous suis pas indifférent. Et si ce ne sont là que des tours que me joue ma fertile imagination, alors vous pouvez dès à présent jeter cette missive, je ne veux pas vous importuner.

Vous êtes encore là ? J’ose souhaiter que ce ne soit pas par simple curiosité ou dans l’espoir de trouver un détail qui vous permette de me débusquer. Nous n’avons pas de lien hiérarchique, ainsi je ne crains pas de provoquer un abus de pouvoir ; c’est ce qui me permet de prendre la liberté de prendre la plume pour vous contacter. Et si mon intuition est bonne, vous savez déjà où trouver. Foutue intuition qui me rend fou de vous, alors que vous ne me trouvez peut-être que dérangé. Qu’importe maintenant ; avec cette lettre, je me libère d’un poids, et quelle que soit votre réaction, je saurais à quoi m’en tenir.

Voilà des jours, pour ne pas dire des semaines que je pense à vous. De toute façon, dès notre première rencontre, je vous ai trouvé attirante. Certes, pas de quoi provoquer un tel écrit, mais suffisamment pour commencer à vous insinuer dans mon esprit. Puis il y a eu votre tirade, sur le dossier Massive. Cette façon que vous avez eu de vous affranchir de Valentin pour démontrer que l’on pouvait faire mieux que son argumentation si banale. Vous étiez… envoutante. Et encore ce sourire, à la fois timide et sincère. Il m’a fait craquer.

Quel supplice de ne rester que professionnel dans nos échanges ! Maintes fois est venue cette envie de vous inviter à déjeuner, d’apprendre à mieux vous connaitre, voir si l’alchimie fait ouvrage. Mais encore, le doute sur vos sourires, la peur de franchir une ligne. Pourquoi alors cette feuille de papier à l’écriture impersonnelle me direz-vous, si j’ai tant peur de me dévoiler ? Votre blouson rouge. Cette pièce de cuir qui semble taillée pour vous, faisant ressortir votre voluptueuse gorge. Et ce regard que vous m’avez lancé quand vous vous êtes aperçue que je vous observais alors que vous traversiez le self d’une démarche chaloupée. Que l’on me pende s’il n’y avait pas là une pointe de concupiscence ! Vous m’avez littéralement embrasé, et je ne pensais plus qu’à vous embrasser.

Venir me coller à vous. Planter mes yeux dans les vôtres, soutenir leur bleu et enfin m’y abimer. Approcher lentement mes lèvres et les poser sur les vôtres. Chastement, pour profiter pleinement de l’instant. Puis s’enlacer. Mes mains qui se glissent dans l’entrebâillement de votre blouson pour étreindre votre corps. Elles se perdent à vous découvrir. Vous l’avez deviné, j’ai terriblement envie de vous. Comme ça, en plein milieu du restaurant, cette envie de vous dévorer. Enlever un à un vos vêtements. Laisser nos mains prendre le dessus. Ne plus être que nos corps, uniquement recouverts de nos caresses, de nos baisers.

Vos lèvres qui me parcourent, qui prennent un chemin qui me fait délicieusement frémir. Votre langue qui me titille, qui joue avec mes nerfs. Mes mains qui tâtonnent, qui vous agrippent, vous effleurent, vous guident. La braise dans vos yeux, si sûre du plaisir sensuel que me procure votre bouche. Vous arrêter, ne pas dépasser les limites de mon excitation, repousser celles de mon imagination. Donner pleine autonomie à mes doigts. Les laisser vous parcourir, vous faire frémir. Me plaquer derrière vous, mon sexe lové dans le sillon de vos fesses, ma bouche dévorant votre gorge, votre nuque, vos épaules, caresser cette intimité que votre désir inonde.

Voyez dans quel état d’excitation vous me mettez. Je suis devant mon écran, une bosse roide déformant mon pantalon de flanelle. Je ne vois plus que vos courbes au travers de la typographie en noir et blanc. J’ai une sourde envie de me libérer, de laisser aller mes idées au courant de ma plume. L’excitation monte de plus en plus et je n’y tiens plus. Le désir que j’ai pour vous exacerbe la douceur des caresses que je me prodigue. Mes doigts effleurent ou empoignent selon l’envie la colonne de chair. Je vous imagine dans un coin du bureau, m’observant, vos dents jouant avec la pulpe de vos lèvres, votre regard maintenant incandescent fixant les allers et retours de ma main. J’y dépose un peu de salive que je viens étaler sur mon gland. Les mouvements se font plus amples et rapides. Je sens l’explosion arriver et j’imagine me déverser sur vos seins ou vos fesses, selon votre souhait, plutôt que sur la moquette.

Voilà. Peut-être que la prochaine que vous franchirez la porte de mon bureau, vous vous jetterez sur moi, vociférant contre cette initiative stupide. Ou simplement indifférente, ce qui signifierait que je me suis trompé et que je n’ai rien à espérer. Mais j’ai cet espoir fou que vous la refermerez derrière vous et que nous passerons de ces affabulations à un merveilleux conte érotique.